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Pierre Petry - Fondation Roger Jacob

« Celui qui peint des animaux vivants est plus estimable que ceux qui ne représentent que des choses mortes et sans mouvement ; et comme la figure de l’homme est aussi le plus parfait ouvrage de Dieu sur la Terre, il est certain aussi que celui qui se rend l’imitateur de Dieu en peignant des figures humaines, est beaucoup plus excellent que tous les autres… », allait en répétant André Félibien.

Même si la citation est très surannée, elle me fait sourire quand je revois la tête de mouton dessinée par Pierre Pétry qui, avec un regard espiègle, me confie qu’on peut y reconnaître Woody Allen.

« Dans les dessins que je présente ici, c’est la ligne qui sert de guide à la composition. Puis, je reviens avec une matière picturale, de l’huile en bâton, appliquée avec une gestualité expressive. Les fonds blancs sont préservés, comme des silences. Je comprendrais qu’on apparente ces travaux à certains caractères de la peinture rupestre. Il y a aussi une allure d’estampe, peut-être de la lithographie avec des motifs décalés qui se superposent, puis font naître d’autres images : une tête de cheval qui ressemble à un paysage. » On n’ajoutera rien à ce regard simple et lucide que l’artiste pose sur sa propre manière.

Il ne m’appartient pas d’identifier le complexe de raisons très personnelles qui l’explique. Mais tous les observateurs l’auront bien observé : Pierre Pétry est un artiste animalier ; il l’a « toujours » été. Un autre aurait, voici 30 ans, sans doute écrit « un des derniers ». Mais c’était avant que les tortues géantes en bronze chevauchées par un autoportrait, les félins empaillés avec une patte cassée ou les vaches flottant dans un aquarium de formol ne viennent peupler les expositions d’art contemporain. Pourtant, il n’y aurait qu’une lointaine parenté d’apparence et aucun lien qui soit crédible.

C’est au-delà qu’il faut remonter, peut-être bien loin d’ailleurs dans la tradition d’un genre où la grâce originelle du règne animal et l’attachement au beau métier tiennent les premières places. « J’ai toujours aimé observer les animaux. Et, je me suis créé un univers. Sans y mettre une intention particulière, je peux relever qu’il s’agit toujours d’espèces familières et que je ne les représente jamais dans une attitude agressive ou dans une situation de danger. Je travaille aussi à créer tout un bestiaire hybride où on identifie des figures humaines. Mais, il n’y a ni symbolisme, ni narration. » Je n’en chercherai pas. On rencontre assez d’artistes mesurant l’état du monde.

Dans son travail intimiste, Pierre Pétry nous libère de devoir supposer un jugement. Et, sans aucun doute, cette vacuité apparaît-elle comme une source de plénitude à ne pas nous sentir contraints d’à tout prix devoir en trouver un : simplement regarder les dessins, nous faire surprendre par leur présence parfois incongrue, profiter de leurs qualités purement plastiques et laisser venir à nous la sensibilité de l’artiste.

Pierre Henrion Avril 2016

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